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Le luxe dans les cultures visuelles de l’Antiquité

Responsables : L. Quattrocelli et V. Pitchon (programme-luxe(at)misha.fr)

(Responsable jusqu'en août 2015 : S. Lazaris)

Approche de la notion

Notion abstraite et éminemment subjective, le luxe est un phénomène social. Pour Gustave Flaubert, dans son Dictionnaire des idées reçues, il est lié à l’idée de décadence où le goût pour le raffinement serait opposé à la naïveté originelle. Cette approche, moraliste, sous-tend toute étude sur le luxe, oscillant entre facteur positif et facteur déviant d’une société. L’étymologie du mot renforce cette dualité. Découlant du mot latin luxus, qui signifie déviation, rupture (qui a donné luxation), il est souvent rapproché aussi bien du mot lux, la lumière, c’est-à-dire le rayonnement, le goût, l’éclairage, l’élégance, que du mot luxuria, l’excès, le clinquant, le rare. D’où la querelle entre l’acceptation du luxe comme quelque chose de sûr, de rare et donc de cher et les partisans de la définition du luxe comme superflu.

En dehors de toute considération morale, on s’accorde pour dire que le luxe repose sur une hiérarchie sociale et des disparités économiques. Le luxe est alors communément défini comme un mode de vie, caractérisé par de grandes dépenses consacrées à l’acquisition de biens superflus, par goût de l’ostentation. Par extension, il renvoie à ce qui est coûteux, somptueux, rare.

Souvent considéré comme une manifestation du pouvoir, le luxe marque la différence sociale et l’arbitraire culturel. Il est pourtant socialement admis et c’est ainsi que l’homme de pouvoir édicte les goûts, puisque le luxe ne saurait être laid. Le luxe est ce superflu qui s’oppose au nécessaire et entre dans le même rapport que la profusion et la pénurie.

Vivre dans le luxe, avec luxe, c’est marquer son appartenance, ou sa volonté d’appartenir, à un groupe de privilégiés. Bien que cette notion soit le plus souvent liée à une classe particulière, elle ne lui est pourtant pas exclusive. Les plus pauvres, le plus souvent à travers un comportement festif, consomment aussi de façon superflue, avec luxe. Le luxe est une manière de vivre qui peut s’appliquer à tout groupe sociétal et à toute société.

Enfin, le luxe n’est pas nécessairement exempt de gratuité. Il peut constituer le pouvoir de donner sans compter ou la possibilité de disposer de son temps (le loisir, l’otium des patriciens romains). Selon le point de vue, le luxe revêt donc une dimension sociale (catégories sociales hiérarchisées mais aussi comportement social), morale (l’analyse éthique du luxe), esthétique (la portée avant-gardiste du luxe qui se distingue nécessairement du laid) ou économique (l’économie du luxe). C’est selon ces différentes approches que les participants à ce programme transversal étudieront le luxe dans les cultures visuelles de l’Antiquité.

Le luxe dans les cultures visuelles de l’Antiquité

L’évolution de l’objet de la recherche en histoire au xxe siècle peut être décrite comme le passage de l’extraordinaire (le particulier, l’unique) à l’ordinaire (le collectif, le structurel, le banal). En proposant de travailler sur le luxe, qui singularise et particularise, nous revenons, en quelque sorte, dans une étude de l’extraordinaire. Cependant, notre optique est différente de celle des travaux antérieurs sur le sujet. L’objectif premier du programme est de « revisiter » un objet de recherche déjà étudié, mais sous un autre angle, celui des cultures visuelles, et en tirant profit de l’expérience épistémologique des travaux émanant de l’anthropologie historique.

C’est, en effet, par le biais de l’image, toute sorte d’images, que le luxe sera abordé en priorité par les membres de ce programme. Conscients de l’importance de ce qui circule sous la forme d’informations non discursives, nous voulons à travers ce programme transversal réenvisager la place de l’image et son rôle dans l’étude du luxe.

Cependant, gardons-nous de considérer toute représentation figurée comme un simple reflet des mentalités et, encore moins, comme une « photographie » du passé. Elle doit être appréhendée comme un témoin, voire un agent à part entière dans les transformations culturelles. En effet, si elle témoigne des représentations collectives, c’est aussi parce qu’elle a contribué à les forger. L’objet de luxe est au centre de cette problématique.

Aucune étude d’envergure trans/pluridisciplinaire n’a été consacrée, dans cette optique, au luxe antique (de l’Orient ancien à Byzance). Réunir archéologues, historiens, historiens de l’art, philologues autour d’un thème aussi fédérateur prend donc tout son sens.

Mets, décors, objets de luxe et autres documents seront collectés à partir des données iconographiques, archéologiques et philologiques, mais aussi les documents écrits qui « donnent à voir » les espaces et les corps par le biais de description développée (ekphrasis). Bien entendu, la recherche portera également sur le lexique utilisé dans les différentes cultures abordées, ce qui permettra d’établir une typologie des représentations du luxe.

Opérations de recherche

Deux thèmes seront successivement abordés dans autant d’opérations de recherche :

  • le cadre de vie et la fête (architecture, jardins, confort, faux luxes, meubles, les repas, arts de la table, accessoires de fête, déguisements, etc.) ;
  • la parure et le corps (costume, pierres précieuses, sobriété voulue, etc.).

Le cadre de vie et la fête. Luxe public/luxe privé sont deux manières d’aborder la luxe dans le cadre de vie. Dans la première optique, expression des puissants, elle se retrouve dans le recours au monumental, au spectaculaire (architectural, des places, des jardins, etc.) qui peut répondre aussi bien à une marque de dévotion religieuse qu’à l’affirmation de la suprématie du pouvoir. À l’opposé, le luxe privé peut être un signe d’appartenance, où le choix d’une ornementation intérieure ou de mobiliers particuliers est un signe distinctif. Accessible à un cénacle de privilégiés, ce luxe affirme qu’il n’est l’apanage que d’initiés. Le repas, les arts de la table, les accessoires de fête, les déguisements sont des manifestations du luxe qui se sont peu à peu codifiées. Rappelons que le luxe est un mode de vie, qui se caractérise à la fois par son raffinement et ses excès. La fête, et ses différentes expressions, est ainsi un sujet tout indiqué dans l’étude des pratiques sociales liées au luxe. La délicatesse des mets, l’opulence des banquets, les divertissements ou encore le faste des processions (triomphes, pompai en l’honneur de divinités), des concours (artistiques et gymniques) et des sacrifices dans différentes civilisations méditerranéennes seront ici au centre des préoccupations.

La parure et le corps. Le luxe est lié à l’objet rare, précieux, cher. L’analyse des bijoux, pierres précieuses, parures participe donc de cette compréhension du luxe dans les sociétés. Cette mise en scène du corps est une marque décisive d’appartenance et une ostentation dont les codes fluctuent. Les témoins de ces pratiques sont nombreux et il sera intéressant de comparer comment ils sont utilisés et ce qu’ils représentent dans les différentes sociétés. Comme pour le cadre de vie, ici aussi une mention spéciale sera faite au faux luxe ou à l’ersatz. 

En définitive, cette analyse du luxe, circonscrite à deux grands thèmes et abordée à travers le prisme des cultures visuelles, approfondira nos connaissances des modes de vie et des pratiques sociales dans les civilisations antiques et médiévales. L’objectif sera de mesurer, d’une part, la nature et la portée des représentations qui sont associées au luxe dans l’Antiquité et le Moyen Age et, d’autre part, le poids idéologique du discours tenu sur lui. Le luxe traverse les siècles et les sociétés et continue à diviser avec la même ardeur les uns et les autres. Il est peut-être un des rares concepts qui nous unit avec nos ancêtres qu’ils soient mésopotamiens, égyptiens, grecs, romains, gaulois ou encore byzantins, pour se limiter à quelques-unes des cultures envisagées ici. Son étude à travers les cultures visuelles de l’Antiquité peut permettre au chercheur moderne d’approfondir, voire de reconsidérer, ses savoirs sur l’homme et les sociétés anciennes. Cet angle d’« attaque » offrira une vision renouvelée de l’étude du luxe et ouvrira de nouveaux horizons et de nouvelles possibilités de collaborations avec, notamment, des contemporanéistes sur un sujet décidément transversal qui n’a pas cessé d’être au centre des préoccupations de l’homme

Calendrier de travail

Chaque thème de recherche ne dépassera pas 18 mois de réunions de travail et de réflexion, qui aboutiront, deux à trois mois plus tard, à l’organisation d’une table ronde dont les Actes seront édités le plus rapidement possible dans une revue ou dans une des collections de l’UMR 7044.

Nous souhaitons organiser et publier l’ensemble des Actes des tables rondes pour 2016 et de consacrer la dernière année à la rédaction d’un ouvrage de synthèse collectif sur le luxe dans l’Antiquité.

Participants (de l’UMR 7044)

Membres titulaires

  • Anne-Marie ADAM
  • Bernard BAVANT
  • Dominique BEYER
  • Sandra BOEHRINGER
  • Frédéric COLIN
  • Alain CHAUVOT
  • Sylvie DONNAT
  • Catherine DUVETTE
  • Paul HEILPORN
  • Françoise LAROCHE
  • Stavros LAZARIS
  • Jean-Yves MARC
  • Catherine OTTEN
  • Véronique PITCHON
  • Luana QUATTROCELLI
  • Philippe QUENET
  • Gérard SIEBERT
  • Céline URLACHER
  • Catherine VANDERHEYDE

Membres associés

  • Séverine BLIN
  • Anna CAIOZZO
  • Monique HALM-TISSERANT
  • Laetitia MARTZOLFF
  • Véronique PITCHON
  • Olivier VERDON
  • Zemaryalaï TARZI

Jeunes docteurs

  • Aude GRAZER
  • Julie PATRIER

Doctorants

  • Clémentine BARBAU
  • Sarah DERMECH

 (Septembre 2013)


Poursuivre l'exploration des programmes transversaux avec :
"Les gestes rituels : traces matérielles et interprétations"
"L’Étude des Sciences de l’Antiquité 
à Strasbourg"

Ou retour à la page d'accueil des porgrammes transversaux


Présentation réalisée par St. Lazaris
Pour toutes questions relatives à la mise en place de cette page, contactez lazaris(at)unistra.fr


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