Podcast de l'émission "La terre au carré" : Aux origines de la musique

- à l'occasion de la fête de la musique -

avec Sylvain Perrot, helléniste et archéologue, spécialiste de la musique grecque antique - CNRS, UMR 7044 Archimède et Gilles Tosello, spécialiste de l'étude des grottes et artiste plasticien

Quand sont apparus les premiers musiciens de l'Histoire ? À quoi servait la musique à l'aube de l'humanité ? À travers une enquête scientifique et archéologique, en redonnant vie à des instruments de musique millénaires, en déchiffrant certaines des plus anciennes compositions musicales datant de l'Antiquité, ou en explorant la résonance des grottes du Paléolithique et l'intrigante sonorité de pierres et de stalactites, des archéologues, chercheurs et musicologues dévoilent les échos du passé et permettent d'entendre les premières notes de l'humanité.

Darwin était perplexe, et pour cause

Avant même d'en chercher les origines, il faut se demander ce qu'est la musique, et pourquoi elle existe. Darwin lui-même séchait sur la question. « Le problème pour Darwin, c'est d'arriver à trouver une place pour la musique dans sa théorie de l'évolution », explique Sylvain Perrot, docteur en archéologie grecque sur le sujet « Musiques et musiciens à Delphes, de l’époque archaïque à l’Antiquité tardive »/ « La musique en soi ne sert à rien. Ce n'est pas comme trouver de la nourriture, ou de l'eau pour sa subsistance. » Et pourtant, aucune culture humaine n'a jamais vécu sans elle.

La définir relève déjà du défi : « On pourrait dire que la musique, c'est un ensemble de sons organisés, mais si vous pensez au bruit des fontaines, aux trains qui circulent, vous avez un rythme qui se dégage de ces objets. » Ce qui distingue véritablement la musique, selon lui, c'est « une intention dans la production sonore » et « une certaine conception de la beauté, de l'harmonie, qui excède le seul champ esthétique pour toucher à tous les champs de la société, et notamment la politique. » Une réponse partielle - mais vertigineuse - émerge alors : « La musique a permis de souder la tribu, de créer un sentiment d'appartenance au groupe, de créer une confiance mutuelle. »

Des grottes qui chantent : la préhistoire sonore

C'est là que Gilles Tosello entre en scène, avec les outils du préhistorien et la sensibilité de l'artiste. Peut-on parler d'une musique des grottes ? Oui, à condition de nuancer. La grotte de Niaux, en Ariège, offre un exemple saisissant : « si on claque des doigts, si on frappe des mains, si on chante, on a une extraordinaire impression de diffusion du son qui est quasi magique. » Les chercheurs mènent aujourd'hui des études de paléo-acoustique dans la grotte Chauvet - ornée il y a entre 36 000 et 30 000 ans - grâce à la modélisation numérique, pour reconstituer virtuellement les conditions acoustiques d'origine.

Mais l'instrument le plus troublant de l'émission est un coquillage géant des Pyrénées, découvert dans la grotte de Marsoulas dans les années 1930 et longtemps pris pour une coupe à boire. Réexaminé en 2015, ce charonia de 30 cm et 3 kg révèle une tout autre histoire : son extrémité a été brisée volontairement - « il est quasiment impossible de le casser naturellement » - et un trou parfaitement circulaire a été percé à l'intérieur. Soufflé par un musicien au laboratoire d'acoustique de Toulouse, il sonne. « On s'est mis à le regarder de près, et avec des yeux d'archéologue, on commence à voir des traces d'impact tout autour. » La préhistoire avait ses instruments. Et ses rituels : « les ethnologues nous disent qu'il n'y a pas de rite sans sonorité, ça n'existe pas. »

La Grèce antique, ou quand la musique fait parler les pierres

Du côté de Sylvain Perrot, les sources sont plus abondantes - et les Grecs, selon lui, « extrêmement bavards ». Son terrain de recherche couvre du VIIIe siècle avant notre ère jusqu'à la période byzantine, à travers textes théoriques, images gravées sur monnaies ou céramiques, et instruments retrouvés en fouilles. Une richesse documentaire qui, pourtant, laisse des angles morts : « les textes ne nous parlent pas de ce qui est évident pour eux », comme les sons du quotidien ou la pratique musicale ordinaire. Parmi les découvertes évoquées dans le documentaire figure un minuscule papyrus oublié plus d'un siècle dans une boîte du Louvre, qui contenait une notation musicale illustrant le mythe de Médée - témoignage rare et bouleversant de la façon dont les Grecs mettaient la tragédie en musique. Une immense trompette romaine déterrée dans le nord de la France complète ce tableau d'une Antiquité sonore que l'on croyait définitivement silencieuse.

Pour en savoir plus, écoutez l'émission... c'est par https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-jeudi-18-juin-2026-5212996ici