Abu Shahrayn, ancienne Eridu
Abu Shahrayn, ancienne Eridu, est un site archéologique de l’extrême Sud Irakien, au sud-est de l’actuelle Nasiriyya, chef-lieu de la province de Dhi Qar. Il s’élève au cœur d’une dépression naturelle, la dépression de Sulaybiyyat, dont le plancher se situe à plusieurs mètres sous le niveau de la plaine alluviale sud-mésopotamienne. Cette éminence fait partie d’un ensemble de buttes occupées du début au moins du VIIe millénaire avant J.-C. jusqu’au premiers siècles de l’ère commune. Parmi elles, Eridu est nommé le « Site 1 ». Il est celui où fut édifiée vers 2100 avant J.‑C. la ziggurat au dieu Enki, fleuron du temple qui lui est consacré. Ce site est fouillé dès le milieu du xixe siècle. Il fait ensuite l’objet de plusieurs campagnes dans la première moitié du xxe siècle, de même que les Sites 2 à 5, qui n’en sont éloignés que d’un à deux kilomètres au nord-ouest, au sud-ouest et au sud-est. Cette première phase s’achève en 1949. Seules des prospections ont lieu dans les décennies qui suivent.
Ce n’est qu’en 2018, dans le cadre du documentaire Trésors de Mésopotamie (sorti en 2021)*, qu’une équipe de l’UMR 7044 ArcHiMèdE de l’université de Strasbourg, coordonnée par le professeur Philippe Quenet, reprend des travaux sur le site. Dans la foulée, La Sapienza de Rome et l’UMR 7044, réunies au sein de l’équipe AMEr (Archaeological Mission at Eridu), y mènent deux campagnes en 2019 et en 2022, la direction de la mission étant assurée par le professeur Franco D’Agostino et celle des fouilles par Ph. Quenet. Elles ont permis de faire progresser nos connaissances sur plusieurs points : l’historiographie de la recherche sur le site, la topographie des lieux et leur séquence d’occupation, ainsi que les paysages anciens qui se sont succédé dans la dépression de Sulaybiyyat du VIIe millénaire au Ier millénaire avant J.‑C. Les données récoltées à la suite d’opérations diverses (fouilles, prospections archéologique et magnétique, relevés aéro-photogrammétriques, investigations paléo-environnementales, réévaluation des fouilles anciennes) sont archivées sous forme papier et numérique, en particulier dans une base de données sous Microsoft Access et un SIG 3D sous ArcGIS Pro. Elles sont en cours de traitement en vue d’une publication définitive.
L’équipe française d’AMEr a bénéficié du soutien du Iraqi State Board of Antiquities and Heritage, de l’université de Qadisiyya, de l’université La Sapienza de Rome, de l’université de Strasbourg (IdEx ANR-10-0002-02 du Programme « investissements d’Avenir »), du CNRS (UMR 7362 Laboratoire Image Ville Environnement et l’UMR 7044 ArcHiMèdE), de la Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme – Alsace et de la fondation Gerda Henkel (Düsseldorf).
Archaeological Mission in the Sulaybiyya-Maziyyad Area (AMMSA)
Dans le prolongement des travaux réalisés à Eridu, un nouveau projet, sous l’impulsion de Ph. Quenet, voit le jour en 2024. Il s’agit d’une mission de prospection ayant pour cible une micro-région de 10 km de côté localisée à environ 25 km au sud-sud-est de Nasiriyya. Du sud-ouest au nord-est, elle s’étend de la dépression de Sulaybiyyat à l’actuelle vallée de l’Euphrate. Elle est traversée par le même cours d’eau, aujourd’hui asséché, qui passe en bordure des Sites 4 et 5 d’Eridu et semble avoir été un ancien bras de l’Euphrate. Les deux principaux sites de la zone, Tell Sulaybiyya et Qaber Maziyyad (d’où la mission tire son nom), sont installés en contre-haut des brèches qui entaillent le rebord de la dépression (une bande infertile appelée le Hazem) et par lesquels le fleuve continuait sa course vers le sud-est. Ce projet, comme le précédent, est interdisciplinaire, alliant différentes disciplines (archéologie, céramologie, étude des paléo-environnements) et méthodes (prospection au sol, relevé des vestiges de surface, sondages sédimentologiques, aéro-photogrammétrie et aéro-magnétisme).
Plusieurs objectifs sont poursuivis. Les deux principaux consistent à compléter la carte archéologique de la zone considérée et à restituer les environnements dans lesquels l’occupation humaine s’est développée au cours des six à sept millénaires qui ont précédé l’ère commune. Plusieurs questions capitales restent en effet pendantes. Quand le fleuve fut-il en activité ? Les sites datables qui en jalonnent le cours et les bras montrent qu’il contribua manifestement à la prospérité de la région entre le milieu du IIe millénaire et le début du Ier millénaire avant J.‑C., mais quand et comment cette phase alluviale s’est-elle mise en place et quel genre d’environnement prévalait auparavant ? Palustre, lacustre, lagunaire voire marin ? Est-ce de ces temps reculés que la tradition littéraire cunéiforme et l’iconographie ont perpétué la mémoire quand elles mettent en scène le dieu Enki trônant au milieu de son royaume, les eaux douces primordiales de l’Abzû ? Les résultats de la mission de terrain inaugurale, effectuée au printemps 2025, ont été présentés au colloque « Entangled Rivers. A multi-layered portrait of Southern Mesopotamia » (16-19 octobre 2025, Berne).
AMMSA bénéficie du soutien du Iraqi State Board of Antiquities and Heritage, de la Commission consultative des fouilles du ministère des Affaires étrangères, de l’Institut français du Proche-Orient, de l’IdEx de l’université de Strasbourg, du CNRS (UMR 7362 Laboratoire Image Ville Environnement et UMR 7044 ArcHiMèdE), de l’Association pour la protection de l’archéologie syrienne, de la Fondation de l’université et des hôpitaux universitaires de Strasbourg et de la fondation Gerda Henkel (Düsseldorf).